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LU POUR VOUS

 

    Raissa Gbaguidi
Raissa Dafia Gb.

PANORAMA DE LA LITTERATURE AU BENIN

Avril 2004


Ce mois-ci, Raissa vous invite à découvrir les oeuvres de deux femmes écrivaines béninoises, Léa Afiavi Attidoko et Flore Hazoumè. Les femmes et les enfants sont à l'honneur dans les deux ouvrages présentés.
Léa Afiavi Attidoko nous plonge dans le phénomène du trafic d'enfants et ses ramifications dans la sous-région ouest africaine et en Afrique centrale. Quant à Flore Hazoumè, elle évoque de façon prémonitoire à travers le témoignage d'enfants le drame humain et national qui secoue la Côte d'Ivoire.


 

Léa Afiavi Attidoko. Une Cargaison d'enfants.
Cotonou, Ruisseaux d'Afrique, 2003, 61 P (Jeunesse)

Quand la fiction devient réalité ! Léa A ATTIDOKO, est en première au Département des sciences du Langage et de la communication, à l'Université d'Abomey Calavi, en 2003. Deux ans auparavant, elle avait décidé de prendre part à un concours littéraire initié pour les jeunes. Elle propose un texte. Des mois après, elle apprendra qu'elle était parmi les lauréats. A ce titre, elle bénéficia d'un stage d'écriture et participa à plusieurs formations en écriture. Mais son manuscrit dormait toujours quelque part dans le tiroir des organisateurs dudit concours….Puis un jour, les média, tant nationaux qu'internationaux, mirent le Bénin à la une, à la suite de l'arraisonnement d'un bateau chargé d'enfants béninois, en route pour un pays voisin. Et, les organisateurs de se surprendre, et surtout de ressortir le manuscrit de cette collégienne devenue entre temps, étudiante en communication.

" Des menottes, avec l'horreur, elle vit des menottes s'ouvrir et se refermer sur les poignets de ses parents. Ses yeux ont libéré des larmes " p 5

Ainsi commence ce roman de jeunesse destiné aux enfants de la tranche de douze ans. Le thème central de ce roman pour enfant est le phénomène d'enfants en garde ou " vidomègon " appellation béninoise. Une cargaison d'enfants raconte l'histoire de Sissi une enfant qui a quitté Dékanmè son village pour venir habiter Cotonou sous la tutelle de la femme du maire.

" (…) Je ne sais pas, elle est venue un jour de marché chez mes parents et après une longue discussion …Car elle disaient -ils j'irai à l'école, je regarderai la télévision et j'aurai de jolies robes. " p14

Elle a été remise à cette femme qui a avancé comme argument de lui assurer une éducation meilleure à celle que ses parents lui donne.
Mais malheureusement, cette enfant est traitée moins que rien, elle est maltraitée, exploitée et battue à tout bout de temps.

" Aujourd'hui elle dormira dans un collier de chien, cela lui apprendra à obéir … après avoir mangé un grand bol de semoule de manioc, est allée se coucher quelque part pour dormir, manger et dormir sont les travaux qu'elle préfère … " p 12

Tous ces mauvais traitements dont la petite Sissi est l'objet ne manque pas de révolter Yolande une fille du voisinage qui s'est liée d'amitié avec elle. Grâce à la témérité de celle-ci et de son professeur qui est dans une association de défense des droits de l'enfant ; un grand réseau de trafiquant d'enfants fut démantelé. Les trafiquants furent arrêtés en flagrant délires avec toute une cargaison d'enfants en partance pour l'étranger.

"Beaucoup d'enfants cachés dans la maison du maire ? Mais que veut-il en faire? Sissi se rappelait avoir entendu le maire dire au téléphone les mots : " dimanche nuit, livraison de marchandises. " " p24

Ils les emmèneraient travailler dans des plantations au Nigeria ou au Gabon. Les trafiquants sont envoyés en prison, le maire qui était à la tête de cette organisation également ; les menottes quittèrent les mains des parents de Yolande grâce au témoignage de Sissi .Les enfants furent pris en compte par le ministère de la condition féminine, d'autres retourneront auprès de leurs parents, le professeur de Yolande fut récompensé par une nomination au sein du ministère.
En somme chacun fut récompensé à sa juste valeur.


Au-delà de son imagination nous voyons en filigrane dans ce livre, le phénomène de trafic d'enfants qui bat son plein dans notre pays et dans la sous région ouest- africaine. Je vous invite tous à lire une cargaison d'enfants pour votre plaisir ou pour celui de vos enfants. Un récit émouvant et très excitant vous y attend.


 

Flore Hazoumè, Et si nous écoutions nos enfants ?
Abidjan, éditions CEDA, Mars 2002, 61 P.


Flore Hazoumè a publié plusieurs romans et nouvelles ; écrivant jusque là pour un public d'adultes, elle s'intéresse depuis si peu à l'écriture pour la jeunesse. Après son premier livre pour adolescents Une vie de bonne qui a connut un succès indéniable, elle récidive pour notre plaisir avec Et si nous écoutions nos enfants? .

Et si nous écoutions nos enfants ? est un roman dans lequel la jeunesse enseigne la tolérance aux grandes personnes .Il traite de façon globale de la guerre et des conséquences qu'elle peut avoir sur une société donnée.

C'est l'histoire de Sabine, Awa, Ibrahim, des jeunes gens vivant dans le même quartier où il régnait une ambiance assez relaxe.

Mais cette tranquillité sera bouleversée par les élections présidentielles .Tout commença le jour de la proclamation des résultats.

" Citoyens, citoyennes, l'heure est grave .La démocratie va être bafouée. La république est en danger (…) " p15

C'est la guerre civile, le quartier sera divisé en deux camps désormais, celui des chrétiens et celui des musulmans ; c'est des affrontements par-ci par-là, des cadavres, des blessés. Les enfants ne sont pas heureux, ils ne peuvent plus jouer avec leurs compagnons habituels.

" Je vais aller jouer chez Awa, ah ! Non pas question tu ne mettras plus les pieds chez ces gens là " p 27

Le brassage, le mélange de culture, la cohésion sociale qui régnait dans le quartier est brisé. Mais les enfants ne se laisseront pas faire, ils vont sortir de cette situation en menant une lutte dans leur famille respective puis en leur propre sein.

" Et vous êtes d'accord ? Vous trouvez ça normal Nos parents nous séparent à cause de leur problème de grandes personnes. Hein ! Vous allez accepter cela. " p 32

Ce qui fut un échec. Ils décident d'adresser une lettre à Bon Dieu. Ce qu'ils firent. Alors, comment faire parvenir ce courrier à Dieu ? C'est la recherche de la réponse à cette question qui les amena chez les autorités religieuses de la localité.
Grâce à leur courage et à leur détermination, et en collaboration avec l'archevêque et l'iman organiseront une partie de basket à laquelle tout le quartier sera convié. Un grand succès.

Alors la cohésion de départ du groupe et la consolidation des liens revinrent, à la joie de tout le monde.

Au delà de ce roman nous voyons en filigrane la situation d'instabilité qui règne actuellement dans la plupart des pays africains. Et malheureusement dans les situations de crise ce sont les femmes et les enfants qui souffrent véritablement.

Roman d'appel à la paix, à la cohésion nationale mais aussi roman de réconciliation, d'amour, de brassage entre les peuples, et si nous écoutions nos enfants ? est un tableau réaliste de la situation sociopolitique qui règne en République de Côte d'Ivoire. A travers cette histoire Flore Hazoumè passe par la bouche des enfants pour atteindre cet objectif.


Ce roman comme celui de LEA A. ATTIDOKO, est un ouvrage prémonitoire. Interrogée sur la question dans une émission lors de son passage au Bénin pour le lancement de son ouvrage, l'auteur, elle-même originaire du Bénin, a laissé entendre, qu'elle a été traitée de " sorcière ", de " voyante " par certains lorsque les tristes évènements de la Côte d'Ivoire ont commencé.
Comme quoi, il faut savoir lire les signes que nous envoient les créateurs d'œuvre de l'esprit.

 

 

 

© RAISSA DAFIA GB.



 

*RaissaGBAGUIDI, est étudiante en communication à l'Université Nationale du Bénin. Elle collabore au site www.gnammankou.com.


 

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