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DUMAS : UN BICENTENAIRE ET UN TRANSFERT
Editorial de Dieudonné Gnammankou



Le 30 novembre, Alexandre Dumas entre au Panthéon.

Mardi 26 novembre, c'est avec une très grande émotion que j'ai assisté au dernier hommage rendu à Alexandre Dumas par les habitants de sa ville natale avec au premier rang, leur maire. C'était à l'hôtel de ville de Villers-Cotterêts (Aisne, France). Claude Ribbe, auteur d'une pasionnante biographie* du général Dumas, le père de l'écrivain Alexandre Dumas-père était présent. Il a déposé une gerbe de fleurs sur le cercueil de "notre ami" et "frère" Alexandre. Nous nous sommes longuement recueillis devant le cerceuil du grand homme à qui la France d'en haut a enfin décidé de rendre les honneurs. (Voir Photo) L'autre France, on le sait, a adopté depuis toujours l'écrivain qui l'a tellement fait rêver avec ses Trois mousquetaires, son Comte de Monte Cristo, sa Reine Margot et j'en passe. Le monde entier aussi a adopté depuis plus d'un siècle et demi le petit-fils de l'Africaine Césette Dumas. N'est-il pas l'écrivain français le plus lu au monde? Belle revanche sur le destin!

Pouvait-on rendre hommage à Alexandre sans rappeler qu'il était aussi le produit d'un extraordinaire métissage quoique issu de la douleur de l'arrachement à l'Afrique et de l'esclavagisme régenté par le Code noir dans les colonies françaises d'Amérique? Qui, mieux que son père, le jadis célèbre mais aujourd'hui oublié général républicain Alexandre Dumas, symbolise les paradoxes de cette histoire à la fois terrible, tragique, et quelques fois créatrice, humaine malgré tout, et heureusement traversée par l'Amour? Un amour sans frontières.

Après avoir dit adieu au fils, Claude Ribbe et moi ainsi qu'un petit groupe de Français d'origine africaine et des cottéreziens sommes allés dire merci au père, et à travers lui, à la mère, l'Africaine devenue la Créole, celle sans qui il n'y aurait jamais eu d'Alexandre Dumas -au pluriel, père, fils et petit-fils. Au cimetière de Villers-Cotterêts, à quelques dizaines de mètres de la tombe d'un autre homme remarquable, l'abbé Grégoire, infatigable défenseur des Nègres et des Juifs, nous avons rendu hommage au général Dumas. Une gerbe de fleurs a été déposée sur sa tombe et une autre sur celle de sa fidèle épouse, Marie-Louise, une fille du pays, blanche de peau mais africaine et créole de coeur.

La tombe de l'écrivain venait tout juste d'être refermée. Ses ossements, m'a dit un honorable monsieur qui les avait tenus dans ses mains - étaient bien conservés. Visiblement, la rumeur selon laquelle le cercueil d'Alexandre devait être vide depuis que les armées nazies étaient passées par là pendant la Seconde Guerre mondiale ne restera qu'une rumeur. Et c'est tant mieux pour le roi du suspense, du roman historique, des aventures les plus folles.

Samedi 30 novembre, le Sénat français rendra hommage à Alexandre Dumas et à son père, le général. Ensuite, les cendres de l'écrivain seront transférées au Panthéon aux côtés des grands hommes de la nation française sous la présidence du chef de l'Etat français.

Une page est-elle en train de se refermer? Osons le croire. Il nous est toujours permis de rêver. Comme le dit Claude Ribbe, la célébration du bicentenaire de Dumas aura permis aux Français de découvrir l'histoire du père, un général français métis et haïtien, dont la vie romanesque a fortement inspiré le fils écrivain, et la grand-mère, une femme noire esclavagisée dans les Antilles, tous deux oubliés par les biographes et historiens de littérature qui se sont, dans leurs savantes études, intéressés uniquement à l'ascendance "franco-française" d'Alexandre Dumas.

Il n'est jamais trop tard pour réparer une injustice. Les années de solde impayées que l'Etat français doit au général Dumas se chiffrent à plus de 180 000 francs or. Comme le rappelait un anonyme à Villers le 26 novembre, si on y ajoute les intérêts cumulés depuis plus deux siècles, cela ferait une très coquette somme en euros d'aujourd'hui. De quoi créer une fondation Dumas qui financerait des recherches pour révéler au monde l'autre dimension méconnue du génie de Dumas. Cet appel sera-t-il entendu?

Dieudonné Gnammankou, historien, auteur notamment de Abraham Hanibal, l'aïeul noir de Pouchkine, Prix Pouchkine du Salon International du Livre de Moscou, 1999.

*Alexandre Dumas, dragon de la reine, par Claude Ribbe, Monaco, 2002, Editions du Rocher

 



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