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Ouest France
Mardi 28 janvier 2003

L'Est a connu sa traite negriere, Article de Vanessa Ripoche, Ouest France

Dieudonne Gnammankou et Maurice Guimendego a l'universite de Nantes

La traite négrière appartient au passé de la Ville. Mais les Nantais connaissent moins « l'autre » traite, celle qui alimentait le réseau des pays de l'est aux XVIII'", XIXe siècles. Dieudonné Gnammankou, historien de l'Afrique et du monde slave, était l'invité de l'université permanente hier. C'est lui qui a révélé en 1995 les origines camerounaises de Pouchkine.

Comment un Béninois en vient-il à s'intéresser aux pays de l'Est et à la Russie ?

Mon intérêt pour cette région du monde est fortuit. À l'école, j'ai étudié l'anglais et l'espagnol. Après avoir eu mon bac au Bénin, j'ai demandé à avoir une bourse pour l'étranger. Je voulais partir en Espagne, aux États-Unis ou en Angleterre. Cette année-là, il n'y en avait plus. La seule proposition qui m'ait été faite est laRussie. J'ai accepté. J'ai étudié la langue et la littérature russe. J'ai fait des recherches sur l'Afrique dans les textes russes et c'est ainsi que j'ai abordé l'œuvre de Pouchkine, dans laquelle les personnages africains sont présents.


Vos révélations sur les origines camerounaises du poète et romancier vous ont amené à la traite négrière...


Pouchkine a fait de son arrière grand-père, Abraham Hanibal, le personnage principal de son roman historique. Son bisaïeul avait été enlevé du nord du Cameroun par un marchand d'esclaves. Après des années de polémiques en Russie, les milieux intellectuels ont fini par accepter ma théorie. On le croyait éthiopien. En écrivant la biographie d'Abraham Hanibal, je me suis tout naturellement posé la question : Était-il le seul Africain en Russie au XVIIIe siècle? La traite négrière a été au cœur de ma thèse sur les Africains en Russie à l'époque impériale.

On connaît le commerce triangulaire Europe-Afrique-Amérique. Le trafic vers l'Est moins...

Des centaines de milliers de personnes, dont beaucoup d'enfants, ont été extirpées du Cameroun, du nord Nigeria, du Tchad et envoyés dans l'empire Ottoman, jusqu'au Caucase russe, l'actuelle Géorgie, au XVIIIe siècle. Ils servaient dans l'armée des sultans. D'autres étaient réduits à l'état d'esclaves. C'était la mode d'avoir des pages noirs dans les sociétés aristocratiques russes. Il y a eu aussi une deuxième traite, la « Transsaharienne », qui a consisté à déplacer des populations africaines par le Sahara vers le Moyen-Orient.

Pourquoi ce pan de l'histoire n'est-il pas plus connu ?

Le sujet est resté un peu tabou. Sous le régime soviétique, le pouvoir l'a nié, affirmant que les « oppresseurs » étaient les États-Unis. Aujourd'hui, avec l'effondrement de l'URSS, les chercheurs quittent le pays. Seule l'historienne russe Lily Golden, dont le père était noir américain, a exploré le sujet.

Aujourd'hui, reste-t-il des populations issues de la traite en Russie ?

Elles se sont mélangées au fil des générations, en Russie. Au nord de la Géorgie, en Abkhazie, subsiste une communauté noire. Une autre est présente au Monténégro. Je compte m'y rendre pour réaliser un docu- mentaire sur ces deux communautés.

 

Recueilli par
Vanessa RIPOCHE.

Abraham Hanibal, l'aïeul noir de Pouchkine, Dieudonné Gnammankou,
1996, rééd. 1998, chez Présence africaine.
 
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