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ESSAI SUR LES MEDIAS EN AFRIQUE

I


 
Jean-Euloge Gbaguidi

TELEVISION BENINOISE : SUSCITER UNE REFLEXION STRATEGIQUE. INTRODUCTION
par Jean-Euloge Gbaguidi*

 

Notre collaborateur qui est un acteur dynamique et un observateur privilégié du paysage médiatique béninois nous livre ses réflexions sur l'évolution de la télévision au Bénin.

 


Une télévision pour le Bénin_ pour quoi ? Pour qui ? Pour quel coût ? Et pour quel financement ? Sommes-nous en droit de formuler aujourd'hui ces différentes interrogations alors que notre chaîne nationale a bouclé depuis vingt années d'existence?

Ces interrogations ont dû faire l'objet d'une attention particulière de la part des experts de toutes calibres à l'étape des études de faisabilité, qui précèdent les projets de cette importance. Toutefois rien ne nous empêche de remettre ces questions sur une table de discussion en ce moment où les anniversaires se succèdent, afin d'inviter aussi à une nouvelle réflexion stratégique sur la télévision nationale, la première et la seule du service publique, visiblement en panne, pour ne pas dire en crise.

1 _PROBLEMATIQUE

La sagesse enseigne qu'il faut savoir toujours raison garder. Il faut se méfier des slogans, des mots d'ordre, des maîtres -mots, des mots massues, des mots qu'on croit explicites comme le dit E. MORIN alors qu'ils ont besoin d'être expliqués eux aussi. La démarche n'est pas sans fondement. Ils sont nombreux, ces mots. Nombreux aussi sont leurs relais, des penseurs par procuration qui répètent, qui amplifient des messages prêt-à-porter ...Aujourd'hui la mode est de composer des "Odes à la gloire" des toutes puissantes nouvelles technologies de l'information et de la communication, qu'on présente comme la clé qui ouvrirait la porte du bonheur aux pays pauvres que nous sommes ici sous les tropiques !


De part sa nature l'invention du livre ne fût-elle pas un grand progrès, dont les autres peuples ont profité pour stocker leurs savoirs et savoirs faire. Mais nous, qu'en avons nous fait? La montre-bracelet, n'est-elle pas un outil de progrès ? Mais tout le monde le sait, les béninois ont l'heure élastique alors qu'ils portent, la plupart du temps des montres "en or". La montre ne sert pas à la planification de ses activités, elle fait juste partie du décor. La télévision, ne fait-elle pas aussi partie juste du décor, comme attribut d'un Bénin, lui aussi civilisé et moderne? Au départ pourtant elle ne fut pas pensée comme élément de décor ; mais plutôt comme un important moyen d'éducation capable de " suppléer au manque d'enseignants dans les pays du sud dont les besoins en formation de mains d'oeuvre qualifiées sont flagrants et criards ". P. MIQUEL, agrégé d'histoire professeur à la Sorbonne et producteur de télévision écrivait ceci, résumant ainsi la pensée enthousiaste des africanistes européens qui voulaient croire en la force développementaliste de ce nouveau média, déjà convoité par le continent noir. " Le grand obstacle au développement agricole ou industriel est l'absence totale de formation professionnelle d'une population qui peut être partiellement scolarisée.

Pour suppléer les formateurs défaillants, la télévision peut jouer un rôle efficace, à condition qu'elle soit exactement adaptée à la demande, et qu'elle bénéficie des encouragements constants du pouvoir " ainsi parlaient les africanistes optimistes il y deux décennies .Nous étions en 1983.Vingt ans après la formulation d'une telle ambition pour les télévisions du Sud, on peut aujourd'hui faire le point, et surtout, on devra le faire.

2_ REPERE THEORIQUE D ANALYSE : le fonctionnalisme

P. Miquel en évoquant le rôle d'un média comme la télévision dans les pays du Sud est resté, soit sur un plan purement spéculatif (que peut la télévision?) soit sur un plan normatif (que devrait faire la télévision?), et il a certainement le droit de le faire. Mais nous devons reconnaître, en ce qui nous concerne ici, que seule une approche fonctionnaliste nous permettra d'apprécier à sa juste valeur le chemin parcouru par notre télévision nationale depuis1978.

Il est donc question d'analyser comment dans un pays concret, le Bénin, dans un environnement politique, social et culturel donné, un média précis, à une époque déterminée a fonctionné, et pour quels objectifs. Une approche conseillée par MOWLANA H. spécialiste des questions de communication, et rejoint aussi la théorie de KANAN M. C. qui suggère que dans l'étude des processus de la communication, on devra toujours prendre en compte trois éléments que sont les acteurs, les canaux et l'environnement, et ce dans leur rapport d'influence réciproque, autrement dit dialectique.

3_ TELEVISION NAISSANTE_ TELEVISION MILITANTE


La télévision nationale a été inaugurée en 1978. Depuis octobre 1972 le processus révolutionnaire était en marche chez nous au Bénin. En 1974, l'option marxiste-léniniste a été faite et proclamée à la face du monde. En 1975 le pays a été rebaptisé et est devenu Bénin. Pour le régime révolutionnaire il était question de bâtir un pays nouveau avec des hommes de type nouveau. Se libérer du joug du colonialisme, du néocolonialisme et de l'impérialisme et oeuvrer pour l'avènement d'une société plus juste et plus prospère, où il ferait bon vivre pour chacun et pour tous.

De ce rappel historique découlent aussi les missions qui seront dévolues à la télévision nationale. Des missions qui ne sauraient échappées à la logique et conception marxiste-léniniste de l'informaton. Cette conception présente les médias comme des moyens de propagande, d'agitation et de mobilisation collective des masses laborieuses. La télévision a- t elle mobilisé les masses ? La réponse est oui. Mais pour quoi a-t-elle mobilisé les béninois et les béninoises? Nous sommes tenté de dire, pour les grands ballets révolutionnaires, les show prolétariens. Les média ont donc chanté et servi de porte-voix pour le Parti Etat qui a les utilisés pour nouer des liens et rester en contact avec les masses populaires. La télévision était devenue, comme le dit F. Balle " l'arène la plus puissante par l'intermédiaire de laquelle le Parti s'entretient tous les jours, à chaque heure, avec la classe ouvrière ". Il est donc clair que la télévision a tout fait et surtout a fait de l'éducation révolutionnaire, mais pas, ou en tout cas, pas assez de l'éducation professionnelle seule capable de donner plus de compétence à cette classe ouvrière, afin de la rendre plus utile aux tâches de développement auxquelles invitait le processus révolutionnaire.


La vie du peuple réel, le seul qui se trouve être la mesure de toutes choses, était occultée En étudiant le travail des mass média au cours de cette période, on arrive à établir assez facilement une structure, presque immuable des journaux télévisés, une structure qu'on peut ainsi schématisée : activités du président du comité central, activités des membres du bureau politique, activités du comité central, activités des organisations de masse du parti, activités des services publics. Ce schéma applicable à la télévision, l'est aussi à la radio. On pourrait même aller jusqu'à demander si cette structure des nouvelles, ne demeure t elle pas valable pour toute la grille des programmes?


La télévision a servi la révolution et l'a accompagnée dans son échec et sa chute. Et c'est bien pour cela que le requiem chanté pour la révolution en ces jours de la conférence nationale des forces vives fut aussi incontestablement celui de la télévision béninoise. Pendant cette période que nous appelons révolutionnaire, sur le plan légal, il faut noter que malgré la lutte contre les vestiges du colonialisme, c'est la loi n°6 0 - 1 2 d e j u i n 1 9 6 0 q u i a c o n t i n u é à r é g i r l e s m é d i a s b é n i n o i s , p l a c é s s o u s l a t u t e l l e d ' u n m i n i s t è r e c h a r g é d e m e t t r e e n o e u v r e l e p r o g r a m m e d ' a c t i o n d u p a r t i . M a i s e n r e t o u r , l e s m é d i a s e t s u r t o u t l a t é l é v i s i o n n ' a p a s b é n é f i c i é d ' u n e g r a n d e a t t e n t i o n d e la part du parti et de l'état sur le plan des questions d'infrastructures et de développement de la communication en générale.


Résultat, la base technique léguée au renouveau démocratique par la révolution après la conférence était obsolète, vieillie et amortie. Les hommes s'en sont tirés. La presque totalité du personnel a pu faire une reconversion en douceur. Les journalistes soumis à une discipline et à une doctrine "librement" acceptées, ont aussi librement découvert les vertus de la liberté, du multipartisme et des normes d'un journalisme professionnel. Et ce, sans qu'aucun stage ne fût nécessaire. Toute analyse faite, avec la révolution marxiste-léniniste, la télévision est restée loin du rêve miquelien. Elle n'a aidé ni développement agricole, ni développement industriel. Et ce, en dépit des déclarations sur les vocations agricoles de notre pays, qui prônent l'agriculture comme le socle d'une industrialisation éventuelle.

4 _ VOCATION POLITIQUE _ UN MAL CONGENITAL

Il y plus de cinquante ans dans "Afrique ambiguë", G. Balandier écrivait ceci :"ces villes, ces trains, ces usines se sont transformées dès leur exportation; le paysage qu'ils composent n'est pas encore celui auquel nous sommes accoutumés...."Qui saurait mieux qu'un anthropologue observer et expliquer les sociétés ? Cette observation exprimée un demi siècle plus tôt demeure pertinente et de nos jours. Est-ce un secret pour nous encore qu'un véhicule 504, conçu pour quatre personnes, au Bénin devient presqu'un camion et peut transporter le double de sa capacité (peut-être à cause de la misère); ailleurs on a développé les routes avec des panneaux de signalisations, des feux tricolores etc., nous en faisons, chez nous sans panneaux et pour notre sécurité, nous nous fions à nos talismans...On pourrait se demander pourquoi, une fois les océans passés, les choses subissent de si importants changements? Et les médias n'ont pas échappé à ses mutations. Au départ était l'économie. Et l'économie a aidé le développement de la communication, pour que cette dernière (la communication), à son tour l'aidât pour se structurer, s'étendre et se consolider. Il est une nécessité pour une économie qui se développe ou qui aspire à se développer d'avoir un réseau de communication fiable, rapide et efficace.

L'histoire du développement de la presse en Europe au XVII ème siècle en témoigne d'une manière assez éloquente. Dans une certaine mesure, on pourrait dire que les médias ont été inventés pour servir d'abord l'activité économique, et après seulement la propagande politique, surtout dans les années qui ont précédé la seconde mondiale.

Chez nous le processus a été perverti dès le départ. Les moyens de communication sont nés dans un contexte historique fait de lutte pour l'indépendance et sont apparus comme des armes de lutte politique, de combat idéologique. Les journaux sous la colonisation étaient la principale tribune de dénonciation du" maître" , la radio à sa naissance dans les colonies françaises a participé à l'effort de guerre ( l'appel du Général depuis Brazzaville ) et à l'effort de la civilisation des peuples soumis et était gérée depuis Paris où se confectionnaient les programmes pour les radios africaines. La télévision, nous le disions plus haut, est "fille" de la révolution marxiste - léniniste, une période aussi exceptionnelle que particulière de lutte contre l'impérialisme et ses valets locaux. C'est donc l'Histoire elle-même, qui nous a imposé cette vision que nous avons de la vocation des mass média. Mais notre devenir et nos réalités actuelles qui indiquent qu'il faut retourner à la vocation première qu'ont les moyens de communication , celle qui consiste à sortir des citoyens de l'ignorance afin de leur permettre de participer pleinement, individuellement ou collectivement aux tâches de transformation de la société.

5 _MEDIA MODERNES ET SOCIETES

Au début du siècle dernier à la question de savoir à quoi servent les médias dans les sociétés modernes, les adeptes du courants de la "Mass communication research" ont répondu qu'ils étaient "des instruments indispensables à la gestion gouvernementale des opinions".Un des pionniers de ce courant, Lasswell, dans cette perspective, attribue trois fonctions majeures aux médias, à savoir: "La surveillance de l'environnement La mise en relation des parties de la société La transmission de l'héritage social d'une génération à une autre."


La fonction "surveillance", correspond selon ce chercheur à la collecte, au traitement et à la mise à disposition du public les nouvelles. La mise en relation, comme fonction est l'étape de l'interprétation de l'information, interprétation souvent suivie de prescriptions de conduites. Enfin, par fonction de transmission d'héritage social, Lasswell entendait par assimilation des gens vivant dans une société, ce que Wright appelle plutôt processus de socialisation (J. Lazar, 1991, p 34). Près d'un demi siècle après Lasswell, ce n'est pas A. Moles qui démentirait cette opinion lorsqu'il écrit que
"les mass médias transforment la culture moderne en présidant à la circulation et au renouvellement permanents des idées...Celles-ci suivent un circuit dont l'élément moteur est constitué désormais par les médias. Ces derniers, en un sens constituent le système qui systématise la culture."(F.Balle, 1965, p 559)


.Et nous nous permettons, d'ajouter ici que par culture, il ne faut pas entendre le folklore, tel que tous nos discours souvent réducteurs le font de jour. La culture telle que nous la comprenons et la concevons pour notre pays est" un tout, qui comprend le savoir, la croyance, l'art, le droit, la morale et toutes les autres aptitudes et habitudes acquises par un homme en tant que membre d'une société "telle que définit par Tylor. C'est ce tout que la télévision a le devoir de refléter chaque jour et partout. C'est ce tout qu'elle se doit d'explorer, d'expliquer, de dépouiller de ses tares, de critiquer et d'adapter au présent. Et c'est ce tout qui fait qu'une télévision diffère d'une autre; car chaque média doit refléter d'abord son environnement, ses couleurs. Jamais encore notre télévision n'a oeuvré dans cette direction. Elle a servi la politique, continue de la servir, et ce dans un grand dénuement et dans l'indifférence presque totale de tous: employeurs, employés, usagers, autorités de tutelle, élus. Les radios africaines ont chanté "indépendance tchatcha" et ont fait danser la rumba aux africains. Aujourd'hui les télévisions se sont transformées en de géants miroirs mobiles enchantés et enchanteurs pour nos hommes politiques avides de popularité et de légitimité. Du narcissisme déconcertant. De la personnalisation du processus de communication. De la domestication de l'information. De l'instrumentalisation des hommes de média. Politisation de la gestion des choses et des hommes.


6 _UNE TELEVISION ESSENTIELLEMENT PRECAIRE

Le Bénin serait devenu un laboratoire de la démocratie depuis ce 27 Février 1990, date à laquelle le président de la République a pris l'engagement d'exécuter les décisions issues de la conférence nationale, décisions faisant passer le Bénin de la démocratie populaire au Bénin de la démocratie multipartite. Une réalité qui objectivement, devrait changer la mission de notre télévision et susciter la reformulation des principales tâches à accomplir par les médias et surtout par la seule chaîne nationale du secteur public.

Au nombre de ces tâches, celle d'informer les citoyens sur la gestion de la cité, et de leur fournir tous les éléments nécessaires à l'appréciation des différentes options en matières économique, politique; sociale et culturelle, et ceci en toute liberté. De ce point de vue la création de la HAAC est l'expression de cette volonté déclarée de garantir la liberté d'opinion et d'expression à chaque citoyen dans les limites fixées par la loi. En principe libérés et libres les hommes des médias ont la latitude de s'adonner à leur travail avec professionnalisme, si on leur donnait les moyens et si on leur laissait le temps. Quatorze ans après la conférence nationale, quatorze ans de presse plurielle, quel est l'état de la chaîne ? Quelle place occupe t-elle dans le paysage médiatique béninois ? Est-elle devenue une priorité pour l'état.


.La situation de la télévision est toujours précaire, fragile, sans grands moyens techniques et financiers. La gestion de la pénurie. Une chaîne nationale, la seule du service public abandonnée de tout le monde. Le paradoxe c'est qu'on lui impose toujours plus de contraintes, surtout à l'approche des grandes échéances... Les problèmes se sont cristallisés, les contradictions politico ethno claniques aussi. Il y a crise de l'autorité, de la motivation. Les centres de pouvoir sont devenus multiples, tentaculaires, diffus et insidieux. Comme disait l'autre, la télévision est comme l'armée mexicaine, composée que de généraux...Alors allez voir que cela voudrait dire.

7 _REPENSER LA TELEVISION NATIONALE


a) Outil de lutte contre l'ignorance


La chaîne nationale véritable, la chaîne béninoise reste à créer. Elle n'existe pas encore, sinon que de nom. Une telle chaîne est nécessaire pour la consolidation de la nation béninoise en gestation, elle l'est aussi pour faire de ce siècle, celui des "LUMIERES" pour notre pays, elle l'est enfin pour participer au rayonnement culturel de notre pays dans le monde.


Il est temps qu'on cesse de banaliser le rôle des médias dans notre société, et qu'on comprenne enfin que les mass média, au-delà des fonctions directes qu'on leur connaît, comme celle d'informer les citoyens, induisent des effets "dérivés", indirects sur le long terme, par la diffusion des valeurs civiques, morales et culturelles qu'ils assurent au quotidien. Ils sont de puissants" agents d'intégration sociale des individus dans la société globale et dans les différents groupes qui la composent" (A.PIERRE, 1990 p.30).

Cet aspect des fonctions des médias dans la société nous interroge, nous interpelle sur le taux de couverture télévisuelle de notre pays, sur la qualité du contenu de nos programmes diffusés et sur le mode de gestion de ces derniers. Il serait criminel de continuer à faire de la télévision un objet de luxe réservé pour quelques citadins, pour leur distraction et des plaisirs égoïstes. Il est condamnable à l'heure où on nous a poussé à la décentralisation malgré nos réalités, de laisser une importante partie de notre territoire hors de portée de la communication télévisuelle. Aussi dans un pays à plus de 60% d' illettrés, d'analphabètes, un pays à 80% rural vivant de la culture de la terre, il est inacceptable de n'avoir aucune émission au moins qui puisse enseigner, montrer comment préparer les sols, comment et quand faire telle ou telle autre opération culturale, comment récolter sans perte, comment conserver les produits...Ce n'est qu'un seul exemple de ce qu'on aurait dû faire dès le début de la télévision puisqu'elle a un atout incontestable, celui réunir le son et l'image dont la valeur pédagogique n'est plus démontrer. Et si nous voulons réellement utiliser les nouvelles technologies à des fins didactiques, il faudra déjà le commencer par la télévision, qui est plus facile de manipulation et moins onéreux.

Une réflexion stratégique aujourd'hui sur la télévision, bénéficiera aux NTIC que nous comptons promouvoir et développer." Qui peut le plus, peut le moindre".Des grands projets existeraient pour mettre le matériel didactique et pédagogique sur CD- ROM; mais c'est peut-être bon de commencer par mobiliser notre chaîne du service public pour s'ouvrir aux enseignants, aux pédagogues pour démontrer leur talent et capacité à faire bénéficier au grand public de leur savoir dans différents domaines compétence .La maîtrise du système métrique par exemple. La chose est faisable. Elle est souhaitable, voire indispensable si nous ne voulons pas continuer de bâtir cette démocratie de pauvres et d'analphabètes. L'invention d'un futur meilleur est à ce prix.

b) Au service d'une diplomatie populaire

Un des derniers aspects de la fonction que notre société devra voir notre télévision assumer est celle de canal de "diplomatie populaire", celle-là qui s'effectue par l'exportation de la Culture, par les hommes de sciences, les inventeurs, les artistes et autres citoyens qui cristallisent à un moment donné les grandes aspirations des peuples dans leur marche quotidienne vers plus de prospérité, de stabilité et d'humanité.

Cette diplomatie dite populaire par le biais de la télévision est réalisable grâce à la présence de cette chaîne sur satellite. Le satellite, un moyen spécifique de" transport"qui nous permet de nous "transporter" partout, à tout moment, dans tous les foyers et parler nous mêmes de nos problèmes, de nos succès, de nos échecs, de nos rêves et j'en oublie...

Ceci suppose évidemment, qu'il faut y aller avec nos productions, nos émissions, nos recherches scientifiques et nos valeurs morales. A rien ne sert, et ne servira d'être sur satellite si ce n'est que pour reprendre les matches du championnat français ou européen. Eux-mêmes les montrent déjà si bien. A rien ne sert et ne servira d'y aller avec ces séries de mauvais goût importés et imposées à coup de publicités et de matraquage médiatique, encore moins, pas avec du mapouka, du rap,du ndobolo,du makossa ou du zouk, qui sont déjà assez promus par leur pays d'origine. En ce qui concerne la vie internationale, il s'agira de présenter désormais la vision du Bénin sur les grandes questions du monde au monde. Il ne s'agira plus, de nous présenter et de présenter au monde, l'opinion occidentale sur les questions du monde comme c'est le cas actuellement. Puisque TV5 et CFI, et même, d'autres bouquets le font déjà, et bien mieux que nous.

La condition sans laquelle on ne saurait avoir cette télévision nationale conforme et adaptée à nos besoins_ c'est le courage de nous demander qui nous sommes aujourd'hui et qui nous voulons être demain ? Sachez que celui qui maîtrise le ciel, commande les têtes...et c'est la tête qui dirige l'action.


8 _UNE VISION AUDACIEUSE POUR UNE STRATEGIE DU FUTUR

Si la France rayonne sur le plan mondial, c'est parce qu'elle y travaille. Un travail qui se fait dans une seule langue : le français, même si à côté de cette dernière, il y a le breton , l'alsacien et la langue corse et bien d'autres encore peut-être sur territoire français, âprement revendiqué par certaines tranches de la population française! Par analogie nous nous permettons de dire que le Bénin ne pourra vraiment rayonner hors de chez lui que si nous assumons pleinement notre francophonie, en oeuvrant pour la mise en service d'un programme , d'une chaîne de diffusion en français uniquement pour tout le territoire national et l'auditoire internationale. Car, nous sommes tous conscients aujourd'hui, que travailler dix heures par jour, et dans quatre ou cinq langues différentes ne permet pas de faire travail consistant, un travail en profondeur. Ce modèle de fonctionnement a montré ses limites en terme de rentabilité et d'efficacité de l'action. Ce modèle que nous nous permettons de nommer "d'éclatement", émiette les efforts, et ne se justifie que pour et par les hommes politiques, dont la seule volonté est de faire de la télévision un moyen de "campagne électorale permanente".

Prôner la mise oeuvre d'un programme en langue française, n'est point l'expression d'un mépris pour nos langues nationales. Au contraire notre idée va dans le sens de la revalorisation du statut de ces langues, qui désormais, deviendraient des programmes autonomes à vocation régionale et ou nationale.

Tout ce qui précède nous conduit à la conclusion qu'il est nécessaire pour notre pays d'oeuvrer pour une "nouvelle" télévision, au sens la fois symbolique et pratique de terme. La nouvelle télévision doit devenir un puissant moyen d'intégration sociale et nationale, un instrument de lutte comme l'ignorance et l'inculture, et un canal de rayonnement international ce que nous appelons "la diplomatie populaire". Travailler dans ce sens, c'est réfréchir au découplage des programmes et à leur spécialisation. Ainsi on pourrait avoir: Un programme national francophone Un programme régional zone sud, Un programme régional zone centre Un programme régional zone nord.

Ces trois programmes régionaux, ayant une vocation de programme de proximité auraient pour langues de travail, les deux langues nationales les plus usitées dans la zone définie. Ces programmes devront avoir dans leur cahier des charges des missions d'information, d'éducation sanitaire, civique, agricole, technologique, culturelle et de divertissements sains pour l'esprit et le corps des enfants béninois, car la télévision, souvent personnifié est source de suggestion pour l'enfant, un être fragile encore à la recherche de repère et d'identité. Un programme national en langue française, destiné à tous les béninois, partout où ils se trouveraient sur le territoire national, ou dans le monde, devrait offrir des produits de grande qualité intellectuelle, morale et esthétique.

9 _DES SOLUTIONS TECHNOLOGIQUES DISPONIBLES

Décupler les programmes est-il possible dans le court terme ? La réponse selon les spécialistes est oui. En effet, des explications obtenues d'un spécialiste de la question, la chose est possible.
L'ortb, s'il le voulait, pouvait se permettre de diffuser simultanément quatre programmes minimum, de qualité 625 lignes en normes standard, à partir de la seule chaîne de télévision existante, et ce, après quelques aménagements techniques ne nécessitant pas de gros investissements et de grands travaux de construction. La chose est faisable parce que la norme de diffusion MPEG-2 le permet, et c'est bien sûr, cette norme de diffusion que la télévision nationale utilise. C'est dire qu'on peut bien avoir des programmes régionaux si on le souhaite.


Techniquement, il nous est aussi possible d'avoir une chaîne nationale de qualité et couvrant tout le territoire, et offrir des services aussi à l'extérieur, parce que la télévision nationale est sur le satellite . C'est dire que rien ne nous bloquerait si nous décidions d'utiliser à fond ce satellite qui héberge le Bénin, afin de rentabiliser les moyens engagés dans une telle opération.

10 _ VOLONTE POLITIQUE ET AMBITION NATIONALE

Ce que la technique permet, la politique doit le rêver et le vouloir, pour qu'il devienne réalité. A ce niveau, nous nous permettons de faire remarquer que jusque là nous avons beaucoup plus parlé de chaîne de service public, que de sa réalisation. Nous la proclamons, sans y croire. Nous avons sur ce dossier un discours qui ne concorde pas avec nos pratiques...

On ne peut pas vouloir une chaîne du service public, et en même temps la livrer aux règles de marché, n'en déplaise aux experts du libéralisme intégral. Livrer les médias du service public à la prétendue concurrence du marché c'est fuir le monopole d'état, les pressions et le contrôle du politique pour rejoindre le monopole du privé et accepter les pressions et le diktat du capital dont les règles sont ce que nous connaissons déjà et qui vont de la corruption à la manipulation en passant par la désinformation pure et simple.

On ne peut avoir une chaîne publique, financée par le marché. Il est du devoir de l'état de le faire, de donner les moyens au service public qui a pour mission: de refléter la globalité béninoise de faire connaître la diversité nationale de permettre l'expression culturelle et politique plurielle partout de favoriser le développement et le partage d'une conscience et d'une identité nationale Si ces missions sont bien comprises et jugées urgentes, on ne saurait comprendre l'état et les conditions faites à notre chaîne nationale de nos jours. L'état peut et doit donner les moyens à la télévision. L'état peut et doit donner un cahier de charges clair à la télévision. L'état peut et doit demander des comptes à ceux qui dirigent ou gèrent l'institution qu'est la télévision.


EN GUISE DE CONCLUSION


Le changement s'impose et s'imposera à nous, car il ne serait pas normal qu'au concert des télévisions, du monde, au rendez-vous du montrer et du voir, la télévision béninoise n'est qu'un bouillon de comptes -rendus de séminaires, d'ateliers, de journées de réflexion, d'inauguration de classes, de marchés de téléphones et autres choses de la rubrique "information institutionnelle" à offrir. On a le devoir de consacrer un peu de temps à ceux qui font développement au quotidien, qui font du miracle dans l'anonymat total. Cessons de débiter sur nos plateaux de télévision des discours savamment structurés sur le développement durable, autocentré, autogéré, endogène, à la base qui ne nous ont conduit nulle part qu'à la faille après quarante-deux ans d'indépendance nationale. Essayons de montrer des modèles, de diffuser des

LECTURES RECOMMANDEES
1) MOLES A. Théorie structurale de la communication et société. Paris : Masson, 1988
2) MIQUEL P. Histoire de la radio et de la télévision. Paris : Librairie Académique, 1984
3) BALLE F. Médias et sociétés. Paris : Montchrestien, 1988
4) GAILLARD P. Technique du journalisme. Paris : PUF Que sais-je ? 1971
5) NEVEU E. Sociologie du Journalisme. Paris, La Découverte : 2001
6) HELMORE K. A.B.C. de la presse. Paris Nouveaux Horizons, 200

 


©Jean-Euloge Gbaguidi

II
PRATIQUE DU JOURNALISME AU BENIN : Analyse critique du paysage médiatique Lire

*Jean-Euloge A GBAGUIDI, Ph.D
Département des sciences du langage et de la communication
FLASH / UAC UNIVERSITE DU BENIN

Ecrire à J.E. Gbaguidi


 

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